Mes réactions face aux erreurs des médias

par Michel Zacharz


 

Auschwitz-Birkenau: "un camp de concentration polonais" selon l'Express du 07/09/2006 -- La Pologne durant la Seconde guerre mondiale: un pays "pro-nazi" selon M. Effraim Zuroff dans le Figaro du 28/01/2005

 

Dans l'édition du 7 septembre 2006 de l'hebdomadaire l'Express, figure dans la rubrique "Repères-société" un article intitulé "les aquarelles de l'Holocauste" dans laquelle le lecteur peut apprendre, entre autres, que la camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau fut un "camp de concentration polonais". Outré par cette grossière erreur qui prouve une méconnaissance totale de ce qui fut une des plus grandes tragédies du XXème siècle, j'ai envoyé le 9 septembre 2006 un courriel à l'Express, courriel que je reproduis ci-dessous.

"Bonjour,
Je vous écris au sujet de l'article "les aquarelles de l'Holocauste" paru en page 22 de l'édition du 07 septembre 2006 de l'Express.
L'histoire que vous y décrivez - une ancienne détenue d'Auschwitz qui demande à ce qu'on lui restitue certains objets appartenant au musée dudit camp n'est pas une nouveauté car elle fait suite à une demande similaire et qui a servi de précédent, de M. Michel Lévi-Leleu. Ces demandes, que je peux fort bien comprendre, sont néanmoins regrettables... Mais ce n'est pas mon propos ici.
Je vous écris pour vous témoigner de mon indignation suite à la formulation "camp de concentration polonais" que vous utilisez dans l'article en question. Pourriez-vous m'expliquer, car je n'arrive pas à comprendre, pourquoi vous décrivez le camp d'Auschwitz comme étant polonais? Dois-je vous rappeler que ce camp, comme ses extensions de Birkenau et de Monowitz, a été imaginé, construit, et géré par les Allemands? Il n'y eut aucun camp de concentration polonais durant la seconde guerre mondiale (ni avant ni après d'ailleurs). Pourquoi donc un tel mensonge? D'autant plus que si vous parlez faussement de camp de concentration "polonais", vous prenez bien garde de qualifier le Dr Mengele de "nazi"... pourquoi dans ce cas renoncer à citer la nationalité? Je précise que, comme tous les bourreaux d'Auschwitz, il était allemand.
Si vous n'êtes pas convaincus par ce que j'écris, je vous offre ici la traduction d'un fragment du communiqué rendu au sujet des fameux "camps de concentrations polonais" par l'American Jewish Committee:

"New York, le 30 janvier 2005.
[...]
Nous aimerions rappeler à tous ceux qui ne sont pas au courant des faits ou qui négligent un choix approprié des mots, comme cela fut le cas dans certains médias, que le camp d'Auschwitz-Birkenau, de même que les autres camps de la mort parmi lesquels Belzec, Chelmno, Majdanek, Sobibor et Treblinka, ont été conçus, construits et gérés par l'Allemagne nazie et ses alliés.
Ces camps étaient localisés dans une Pologne occupée par l'Allemagne, la Pologne étant alors le pays avec de loin la plus grande communauté juive en Europe mais ils n'étaient absolument pas des "camps polonais".
Il ne s'agit pas simplement d'une question de vocabulaire. Il y va de la vérité historique.

La Pologne a été la première nation attaquée par le Troisième Reich qui a declenché la Seconde Guerre Mondiale au 1er septembre 1939. Les forces polonaises se sont battues vaillament mais ont été débordées par l'armée nazie plus nombreuse et mieux équippée et ensuite par l'armée soviétique, alors alliée d'Hitler, qui a attaqué par l'est. Cependant les forces polonaises en exil ont continué la lutte contre Hitler avec, bien sûr, les autres troupes alliées, jusqu'à la fin de la guerre. Et il ne faut pas oublier que, en plus des Juifs polonais, qui étaient destinés à être totalement exterminés dans le cadre de la solution finale, d'autres Polonais, dont des prisionniers politiques comme le professeur Wladyslaw Bartoszewski qui parla de façon si émouvante le 27 janvier et qui était une personne-clé de la résistance polonaise, ont été arrêtés par les nazis et envoyés dans les camps de concentration.
[...]"
Je vous précise qu'il s'agit d'une traduction effectuée par moi-même. Si vous désirez lire la déclaration en entier et en anglais, vous la trouverez à cette adresse: http://www.ajc.org/site/apps/nl/content2.asp?c=ijITI2PHKoG&b=849241&ct=873437

Je vous prie de bien vouloir inclure dans la prochaine édition de votre hebdomadaire un rectificatif afin de rétablir la vérité historique.
Cordialement,
Michel Zacharz"

Je ne fus pas le seul à réagir à cette erreur. La rédaction de l'Express inclua dans son numéro du 28 septembre 2006 un courriel similaire d'un autre lecteur, assorti de la réponse de l'auteur de l'article:

Réponse de l'Express:

"Toutes nos excuses à nos lecteurs qui ont réagi vivement à l'expression "camp de concentration polonais" dans l'article "Les aquarelles de l'Holocauste": celui-ci faisait allusion au musée d'Auschwitz, effectivement situé en Pologne, et non pas au camp de concentration lui-même, situé pendant la guerre en territoire annexé par l'Allemagne nazie, où près de 75 000 Polonais ont été tués."


Le 28 janvier 2005 le Figaro publiait un article sur l'historien israélien Efraim Zuroff dans lequel l'auteur, s'appuyant sur les propos dudit historien, affirme que la Pologne était l'un des pays où régnait "un régime pronazi". Face à ce mensonge sans le moindre fondement historique, je me suis permi de réagir en écrivant un e-mail à la rédaction du quotidien. Je reproduis ci-dessous le contenu de cet e-mail. Suite à cela j'ai reçu un accusé de réception automoatique. Néanmoins personne ne m'a jamais contacté afin d'éclaircir ce mensonge.

 

"Bonjour,

Je vous écris à propos de l’article « Efraim Zuroff, le dernier chasseur de nazis » de Patrick Saint-Paul paru dans vos éditions du 28 janvier 2005. L’auteur y affirme en effet, en s’appuyant sur les propos de l’historien Efraim Zuroff que « […] des pays comme la Roumanie, la Lituanie ou la Pologne qui ont connu des régimes pronazis […] ». La Roumanie était en effet un allié de l’Allemagne nazie, mais la Pologne en a été la première victime ! S’il y a eu avant la guerre des incidents antisémites en Pologne, il s’agissait de cas isolés comme il y en avait partout en Europe à cette époque et ils n’étaient en aucun cas soutenus par l’Etat polonais.

Dois-je rappeler des faits aussi évidents : après la défaite de l’armée polonaise la Pologne a été rayée de la carte, le gouvernement a fuit vers la France puis vers la Grande-Bretagne et les fonctionnaires traqués, les lycées et universités on été fermés et ses professeurs déportés ; selon les plans de Hitler les Polonais, comme les autres Slaves, devaient être réduits à l’état d’esclaves du peuple allemand. Est-ce ainsi que les nazis auraient agit envers un régime qui leur serait favorable ? De tels propos portent atteinte à la mémoire des millions de Polonais morts pendant la Seconde Guerre Mondiale, aux soldats polonais qui ont combattus sur tous les fronts européens et africains, toujours aux côtés des Alliés, jamais aux côtés de l’Axe, du premier au dernier jour de la guerre.

Telle est la vérité historique ; et dans ce cas ce ne sont pas les Polonais « qui réécrivent les livres d’histoire » comme le suggère M.Zuroff, mais lui-même.

Cordialement, 

Michel ZACHARZ"


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